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Coup de gueule du 17 juillet 2007
Puisqu'il en est ainsi, que ma plume soit ma confidente, une fois encore. Plus d'argent mais kératine et barbes longues. Puisque ni la science ni les lettres ne savent lire entre les lignes qui je suis, qui le pourra ? Le philosophe, peut-être. L'art et l'esthétisme ne sont après tout que des questions philosophiques. Mais quel psychanalyste prendrait la peine de lire l'intégralité de mes oeuvres, prenant des notes, pour savoir ce que je suis ? C'est de toute façon impossible, une grande partie est perdue à jamais, brouillons et manuscrits jetés à la corbeille, lettres de rage ou de désespoir trop emplies d'émotions trop vives.
Cependant, ce qui reste peut apporter quelques éléments de réponse. Encore faut-il se poser les bonnes questions. Qui suis-je ? Que suis-je ? Quelle est la couleur de la sève qui me fait vivre ? Noire, assurément, mais ne voyez-vous pas les irisations à la lumière de la lune ? Non ? Alors c'est que vous ne savez pas me lire.
La poésie est une thérapie qui a déjà porté ses fruits. Mais comme toute drogue, elle est à double tranchant. Si l'on commence à s'injecter le sang de la plume dans les veines, si l'on commence à boire l'encre au goulot du flacon, on l'emporte avec soi jusque dans la tombe, et plus loin encore. L'ivresse est telle qu'elle trouve jusqu'à l'esprit et même l'âme.
La flamme de la bougie me brûle les yeux. Même le plus mince croissant de lune m'éblouit. Je suis devenu nyctalope à force de noircir le papier, de me noircir les doigts, le coeur, l'âme en son essence. Je suis nocturne et le jour me fait fuir. Cela me vaut bien des exclusions et des mises à l'écart ; c'est le prix de ma poésie salvatrice. À présent le mal est fait, je ne peux plus annuler la transaction.
Confidente de luxe pour pauvres gens, la poésie en a détruit plus d'un. Confidence après confidence, l'encre me connaît par coeur, et c'est à mes dépends que j'apprends, tout doucement, à connaître l'encre. Mon sang. Ma sève. Mon ciel étoilé et sa fraîcheur salvatrice, enivrante, captivante.
Ô ! public. Toi qui me lira tout à l'heure, aie de l'indulgence. Je n'écris pas sur commance ; ou plutôt si, mais tu es loin d'être digne, misérable humain, de passer commande. Je ne suis ni transcendant ni immanent ; la plume aux barbes grises m'élève bien au-dessus des ciels des humains, mais autre chose encore me transcende de loin. Je ne suis ni dieu ni homme, je suis l'intermédiaire entre les deux.
Pourquoi vouloir toujours du nouveau, de l'inédit ? Public, tu en demandes toujours plus, mais plus de quoi ? "Plus d'innovation" est la plus mauvaise réponse que tu puisses donner. Plus de quoi ? Répond ! Avec des mots, si tu sais ce qu'ils valent, sinon tais-toi, je n'ai pas d'ordre à recevoir d'une larve qui ne sait pas aprécier la valeur de l'opale que je lui offre.
Article ajouté le 2007-08-28 et consulté 9 fois
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