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Page I

    J'ai faim. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là, ma montre s'est arrêtée. Plusieurs jours, me semble-t-il, mais il n'y a même plus ce repère. Le ciel est continuellement d'un gris clair qui diffuse une lumière pâle mais claire sur la ville désertée. Plus aucun signe de vie à part moi, et surtout plus rien pour se nourrir. J'en suis réduit à mâchonner les lambeaux de journaux qui traînent çà et là dans les courants d'air depuis des mois. Ça a mauvais goût et je doute que ce soit très nourrissant, mais ça a au moins le mérite de calmer la faim.
    Je me relève et me mets à marcher. Je visite la ville. J'ai commencé par repérer les boulevards et les avenues, je m'intéresse maintenant aux artères secondaires. Lorsque je repère un commerce, j'y entre avec l'espoir d'y trouver quelque chose de comestible. Mais tous sont saccagés et la plupart des aliments sont volés, desséchés, répandus hors de leur emballage ou pourris au point que leur odeur ne permet plus de s'en approcher une fois qu'on les a déballés. Je me contente alors souvent de quelques biscuits complètement secs ou d'une conserve froide miraculeusement restée indemne malgré le temps et les pillages. M'étant déjà fait avoir plus d'une fois, j'ai fini par garder sur moi un ouvre-boîte qui restait dans les rayons dévastés d'un supermarché.
    Il y a une épicerie de l'autre côté de la rue, abandonnée, comme tout le reste. Je n'attends pas l'autorisation des signaux lumineux pour traverser, de toute façon il n'y a plus de voiture. Toutes disparues, et leurs propriétaires avec. Je me demande bien ce qui a pu se passer ici pour que tout le monde disparaisse de la sorte. À en juger par l'état des rues et des boutiques, on dirait une fuite précipitée. Je ne suis pas encore entré dans les immeubles d'habitation.
    Comme partout, les rayonnages minutieux de l'épicerie ont été mis à sac sans ménagement. Les viandes et les fromages à la coupe empestent d'une odeur fétide de pourriture et de moisissure dans tout le magasin et des insectes volants et rampants que je préfère éviter d'approcher les ont déjà presque entièrement consommés. Dans les rayons réfrigérés encore en fonctionnement, j'ai retrouvé quelques yaourts. Les pots sont enflés, mais ça ne m'empêche pas de les ouvrir et d'en avaler goulûment le contenu. Les boissons ont presque toutes été volées, les dernières bouteilles d'alcool ont fermenté jusqu'à éclater, perçant leurs voisines. La porte de la réserve est située trop près des étals de boucherie et de crémerie pour que j'ose la franchir. Je ressors donc.
    Je décide d'inspecter un logement. Je voudrais en savoir plus sur l'événement qui a ainsi transformé cette ville. Les premiers essais sont infructueux : les portes se fermant automatiquement, elles sont maintenant closes à jamais. En tous cas je n'ai pas envie de passer mon temps à essayer des milliers de codes. J'en essaye deux ou trois à chaque fois, à tout hasard, mais je ne trouve jamais celui qui ouvrirait la porte.
    La porte d'un autre immeuble se ferme avec une clef plate ordinaire. Personne n'a pensé à la refermer. J'entre donc sans encombre.
    À l'intérieur, toutes les portes sont ouvertes. J'en profite pour visiter les appartements. Les armoires à vêtements sont ouvertes et quelques robes, pantalons, culottes et T-Shirts gisent encore par terre ou sur le bord des tiroirs, ce qui conforte l'hypothèse d'un départ précipité. Je trouve encore quelques aliments à peu près en bon état dans les placards et les réfrigérateurs ; je prends possession d'un sac et y fais quelques réserves. Je profite aussi de l'occasion pour me désaltérer. Car si la nourriture est rare, dehors, l'eau l'est encore plus. Mais ici, les robinets distribuent encore à volonté le précieux liquide.

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Merci



Article ajouté le 2008-01-19 et consulté 17 fois
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