Le monde de Jean Sarot

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Page II

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Je vous en remercie.

    À l'intérieur, toutes les portes sont ouvertes. J'en profite pour visiter les appartements. Les armoires à vêtements sont ouvertes et quelques robes, pantalons, culottes et T-Shirts gisent encore par terre ou sur le bord des tiroirs, ce qui conforte l'hypothèse d'un départ précipité. Je trouve encore quelques aliments à peu près en bon état dans les placards et les réfrigérateurs ; je prends possession d'un sac et y fais quelques réserves. Je profite aussi de l'occasion pour me désaltérer. Car si la nourriture est rare, dehors, l'eau l'est encore plus. Mais ici, les robinets distribuent encore à volonté le précieux liquide.
    Parfois, une télévision ou une radio est restée allumée, mais il n'y a plus d'émission. Des journaux restent aussi ouverts sur des tables ou des canapés, mais aucun ne me renseigne sur l'étrange mal qui a fait fuir tout le monde. Il en faudrait un qui date de juste après cet événement, mais c'est évidement inconcevable. Pensez donc : un journal imprimé après l'arrêt définitif des impressions !
    Je continue ainsi ma visite. Tous les appartements ont la même configuration, ce qui fait que je vais de plus en plus vite. C'est lassant, à force. Au dernier étage, une porte est fermée. Comme on peut s'y attendre, elle n'est pas verrouillée. J'entre. Je suis fatigué, je m'assieds sur le canapé et ferme les yeux. Je ne m'endors pas. Après quelques minutes, j'entends un bruit d'eau qui coule dans les tuyauteries, comme une baignoire qu'on vide. J'ouvre les yeux, mais suis trop fatigué pour me redresser.
    Un hurlement m'explose les tympans. Je tourne la tête. Une fille est debout et me regarde avec des yeux apeurés. Elle a de très longs cheveux blonds et mouillés, elle est vêtue uniquement d'une grande serviette éponge. Je voudrais hurler aussi fort qu'elle, mais ma gorge se bloque. Nous restons quelques instants tétanisés l'un devant l'autre, puis constatant la peur réciproque, les muscles se détendent. Elle s'assied à côté de moi. C'est elle qui parle la première :
    — « Que faites-vous ici ?
    — Je ne sais pas » réponds-je.
    Elle semble se satisfaire de cette réponse. Après un temps, je pose moi aussi ma question :
    — « Que s'est-il passé, ici ?
    — C'est une longue histoire » commence-t-elle après un temps.
    La ville vivait dans la peur depuis longtemps. La région tout entière était frappée souvent par des catastrophes — tempêtes, déluges, séismes, effondrements de terrain. Les autorités prétendaient que ces catastrophes étaient naturelles, mais personne n'était dupe. Tout le monde savait bien qu'elles étaient dues à des négligences des Hommes, à leur vanité, leur avilissement. Les manifestations de la nature — ou d'autre chose ? — étaient de plus en plus violentes, de plus en plus meurtrières. À chaque fois, une ville était détruite. Il n'en reste plus que deux ou trois à présent.
    À chaque cataclysme, une alarme retentissait et tout le monde se mettait à l'abri. Au bouche à oreille, un plan collectif avait germé : à la prochaine alarme, tout le monde fuit. Dans la pagaille, les magasins furent pillés sans que personne ne proteste. Les alarmes des antivols finirent par s'arrêter, épuisées. Dès la fin de l'alerte, le temps s'est arrêté. En fait, dès que tous les fuyards furent tués par le violent orage. De toutes façons, les terres autour sont désertes, aucun moyen de faire le plein de carburant ou de provisions.
    Ceux qui sont restés vivent, comme moi, sur les dernières réserves qui n'ont pas été pillées. Deux comportements se sont développés chez ces ermites : la solidarité et le chacun pour soi. Certains vivent en communautés et partagent leurs trouvailles de vivres. D'autres vivent en solitaire et tout ce qu'ils trouvent de comestible leur appartient en propre ; ils vont jusqu'à considérer tout ce qu'ils trouvent de vivant comme de la viande.
    Depuis la fuite générale, Clara n'avait encore jamais rien vu qui se meuve sans l'action du vent, et seul son reflet dans le miroir lui rappelait à quoi ressemble un être humain. Après son explication, elle me demande un instant pour s'habiller. Elle revient après un moment vêtue d'un jean bleu et d'un T-shirt blanc bien trop grand pour elle et qui comporte déjà quelques petits trous.

Article ajouté le 2008-08-08 , consulté 6 fois

Commentaires


Newtonne le 20/08/2008 à 21:42:55
On veut la fin..Ne me laisse pas dans l'expectative Jean!
biz

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